Dominique Choisy [JURY NATIONAL]
Quel est votre parcours ?

Jâai commencĂ© par me tromper de voie : prĂ©paration HEC et Ă©cole de commerce… Cette erreur mâa donnĂ© lâĂ©nergie de rĂ©ussir lâIDHEC, suite Ă quoi jâai fait quatre courts mĂ©trages. En 2000, jâai pu rĂ©aliser mon troisiĂšme scĂ©nario de long mĂ©trage, Confort moderne. Je suis actuellement en phase de financement et de dĂ©veloppement pour deux autres projets. Je suis monteur dâactualitĂ©s rĂ©gionales en Picardie depuis 1989, ce qui fait de moi une sorte de soutier de lâinformation, position parfois difficile, mais extrĂȘmement nourrissante. Depuis 2007, je donne Ă©galement des cours de scĂ©nario Ă la facultĂ© des arts dâAmiens.
Votre travail de cinĂ©aste et dâenseignant sur le scĂ©nario sont-ils complĂ©mentaires?Bien plus que je ne lâimaginais ! Mes cours sont plutĂŽt des ateliers dâĂ©criture puisque les Ă©tudiants doivent proposer un scĂ©nario abouti afin de le rĂ©aliser ensuite avec les moyens de la fac. Mon travail est donc moins de leur enseigner narratologie, histoire du scĂ©nario ou thĂ©orie, que de les accompagner dans la production dâun texte. Je suis ainsi souvent confrontĂ© Ă des univers trĂšs lointains de mes propres prĂ©occupations. Je me dois dây rĂ©agir avec ouverture et disponibilitĂ©, mais je suis rĂ©guliĂšrement dĂ©stabilisĂ© par leur maniĂšre de faire, leur libertĂ©. Je me trouve alors obligĂ© de me remettre en cause, de questionner certains principes personnels. Lors de lâĂ©criture de mon dernier scĂ©nario, Le Cor anglais, je me suis ainsi surpris Ă travailler dâune façon inĂ©dite, peut-ĂȘtre moins âcoincĂ©eâ, laissant moins dâespace Ă lâautocensure. Je suis certain que cette nouveautĂ© vient de la pratique de lâenseignement, et de ce que mâont proposĂ© les Ă©tudiants. Est-ce pour cela que Le Cor anglais est ma premiĂšre comĂ©die ? Ce nâest pas exclu.
Votre premier long métrage était basé sur des faits divers. Ce travail sur le document est-il important dans vos films ?
Le fait divers fonctionne pour moi un peu comme un plongeoir sur lequel je rebondis avant de me lancer dans la piscine. Il sâagit de mâappuyer sur une rĂ©alitĂ©, parfois terrible, pour mieux mâen Ă©loigner au fur et Ă mesure que je la questionne, pour finalement mâen dĂ©tacher absolument. Je ne sais pas si le fait divers renseigne vraiment sur lâĂ©tat dâune sociĂ©tĂ© : nous ne sommes pas tenus au courant de tous les faits divers par les mĂ©dias qui sĂ©lectionnent ceux sur lesquels ils vont insister et, ainsi, crĂ©er un climat social Ă mon sens assez artificiel. Mais la base documentaire du fait divers me permet dâorganiser de façon cohĂ©rente les personnages dans lâespace de la fiction, pour ensuite me donner la possibilitĂ© de partir en vrille sournoisement, et finir ainsi discrĂštement, je lâespĂšre, par tordre le cou dĂ©finitivement au âdocumentâ.
Quel est votre sentiment sur le cinĂ©ma français aujourdâhui et les passerelles entre les genres, documentaire, fiction, art contemporain?
Il me semble de bon ton de dire que le âcinĂ©ma françaisâ va mal, quâil est en panne dâinspiration, de souffle, de crĂ©ativitĂ©. Mon sentiment est tout le contraire. Je le trouve actif, surprenant, riche. Il ne sâagit pas dâĂȘtre cocardier, loin de lĂ , ou de mettre notre production hexagonale avant, devant, au-dessus, ou dâĂ©prouver de la âfiertĂ©â pour une Palme dâor par exemple, certes non. Mais je suis tout aussi curieux de ce qui se passe dans notre petit pays que de ce qui se passe dans les autres cinĂ©mas du monde. Je suis trĂšs intĂ©ressĂ© par le âtrans-genreâ que nous avons mis un peu de temps Ă expĂ©rimenter de façon assumĂ©e en France. Jâai lâimpression que cela change un peu en ce moment, et je suis trĂšs curieux de voir ce que cela va produire.
Je suis dâailleurs extrĂȘmement touchĂ© par le cinĂ©ma de Derek Jarman qui a bricolĂ© pas mal de ponts de liane entre documentaire, fiction et art contemporain. Son travail est pour moi une sorte dâidĂ©al.
Comment envisagez-vous votre collaboration au sein du jury de la Compétition Française au FID Marseille ?
Avec bonheur !
Propos recueillis par Olivier Pierre
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